AR : Artena, Piano della Civita

Opération archéologique géré(e) dans CeVICA par Simon Dienst.

Localisation : Italie - Rome (41.7278° nord, 12.9111° est).

Description

Les recherches

Les murs d’enceinte polygonaux et la terrasse artificielle de l’agglomération républicaine n’ont jamais cessé d’être visibles. À partir du XVIIe siècle, alors que la ville moderne s’appelle encore Montefortino, les historiens cherchent à identifier l’occupation antique. Divers noms issus des textes antiques sont proposés, dont Ecetra, Vitellia, Ortona, Virto et Corbio. Antonio Nibby, dans son ouvrage toponymique sur la région romaine paru en 1837, décide d’y voir Artena, la capitale des Volsques. Bien que cette interprétation soit aujourd’hui largement abandonnée, Montefortino opte en 1873 pour cette dénomination.
En 1881, René de La Blanchère publie le premier article détaillé à propos du système défensif du Piano della Civita, sans ignorer pour autant le débat toponymique. En 1905, Thomas Ashby et George Pfeiffer complètent la documentation traitant des vestiges visibles.
Huit sondages ont été réalisés entre 1964 et 1967 par Lorenzo Quilici grâce au mécénat de James Delmege. Quatre d’entre eux ont concerné les murs, deux autres la compréhension fonctionnelle de la terrasse artificielle, les deux derniers ayant été exécutés hors de l’emprise de la fortification. L’intérêt de Lorenzo Quilici est éveillé par ces fouilles, débouchant sur une monographie publiée en 1982, soit quatre ans après le début des recherches belges.
En 1977, des démarches sont entreprises par le Professeur d’étruscologie Roger Lambrechts, de l’Université Catholique de Louvain, en vue de l’ouverture d’un nouveau chantier archéologique belge en Italie. Avec la collaboration des autorités scientifiques et politiques italiennes ainsi que du Centre belge de recherches archéologiques en Italie centrale et méridionale, le projet voit le jour en 1978. À la suite d’une exploration préliminaire, une série de campagnes de fouilles sont menées sur différents secteurs de la partie inférieure du plateau. L’objectif était alors de parvenir à une meilleure connaissance de l’occupation médio-républicaine. Entre 1979 et 1990, les chercheurs mettent au jour plusieurs bâtiments sans doute privés et un édifice public. Ces vestiges témoignent tous d’une seule phase d’habitat, sans occupation construite antérieure ni postérieure. Ces recherches sont publiées dans trois monographies et plusieurs articles. Entre 1989 et 1991, pour les dix ans de la fouille, une exposition itinérante est organisée entre Artena, Rome et Louvain-la-Neuve. L’importance des vestiges retrouvés mène à l’inauguration d’un Antiquarium à Artena en 1991. Un projet de transformation du plateau en parc archéologique est également mis au point. Les bâtiments fouillés ayant essentiellement conservé des fondations et des citernes, ils se prêtent mal à une telle valorisation. L’existence d’une villa d’époque impériale mieux conservée sur la terrasse artificielle était connue et semblait mieux convenir au projet.
Afin de vérifier le potentiel du secteur, plusieurs tranchées sont creusées sur l’emplacement de la villa dès 1995. Une fouille programmée commence en 1997, s’intéressant également dans les premières années à une grande citerne qui surplombe le plateau et à l’aqueduc qui y trouvait sa source. L’ancienne cité devient une aire archéologique, et de coûteux travaux de rénovation sont entrepris afin de la mettre en valeur, en particulier sa terrasse artificielle. Depuis 2004, peu avant le décès de Roger Lambrechts, Cécile Brouillard (issue de l’UCL et travaillant à l’INRAP en France) et Jan Gadeyne (formé à la KUL et enseignant dans différentes universités américaines à Rome) reprennent la fouille. Malgré les difficultés financières (arrêt des financements belges et de la commune d’Artena) et la détérioration des vestiges (manque d’entretien, incendies, pillages et actes de vandalisme) la fouille est toujours en cours. Elle est soutenue par la Temple University of Rome (en tant que chantier-école) et ponctuellement par l’INRAP (via la participation de Cécile Brouillard). Les résultats préliminaires de la fouille sont diffusés à travers de nombreuses conférences et plusieurs articles. D’autres travaux universitaires ont partiellement ou entièrement porté sur les fouilles de la terrasse artificielle, avec l’étude de certains tessons de céramique à vernis noir provenant de la citerne haute ainsi que sur les monnaies tardo-antiques. Une monographie est par ailleurs en cours de préparation, avec le soutien de la Temple University of Rome, sous la direction de Jan Gadeyne.

Les vestiges

Les premières traces de l’occupation de la terrasse artificielle datent très probablement de la construction de celle-ci à l’époque médio-républicaine. Des vestiges d’un bâtiment en tuf ont en effet été retrouvés à différents endroits de la fouille.
Les remblais postérieurs indiquent vraisemblablement une destruction de ces édifices par le feu. Par la suite, un bâtiment trapézoïdal est édifié à l’emplacement de la future villa. Des murs situés à l’ouest de la villa appartiennent probablement à cette phase. Certains d’entre eux délimitent un réservoir. Dans l’état actuel de l’étude stratigraphique, l’usage de la structure comme bassin ou citerne serait contemporain aux autres édifices décrits. L’aqueduc y est connecté à l’ouest.
Après la destruction du bâtiment trapézoïdal, la villa rustica est construite. Elle connaît plusieurs phases de transformations et de réaménagements. Des thermes ainsi qu’un péristyle seraient des ajouts au plan initial. Certaines pièces autour du péristyle sont aussi stratigraphiquement postérieures à ce dernier, bien qu’il soit compliqué de savoir s’il s’agit d’une modification du projet d’agrandissement ou d’un ajout plus tardif. D’autres modifications, plus ou moins importantes, ont été observées, mais leur étude architecturale dépasse le cadre de ce travail.
Durant cette période, un bassin est aménagé à l’ouest du péristyle. Des traces de restructuration de l’ancien réservoir relié à l’aqueduc dateraient de l’occupation de la villa. Il est toutefois difficile de savoir quel usage il remplit à cette époque.
À l’ouest de la villa, un grand espace a été fouillé, comportant de nombreuses traces d’occupation sans lien avec des structures bâties. Il est interprété comme une zone artisanale à ciel ouvert. Occupé vraisemblablement dès l’époque de la villa, il semble qu’il reste en activité après la mise hors service du bâtiment et jusqu’à la fin de l’occupation du site.
Après une longue période d’occupation (totale ou partielle), la villa est abandonnée. Des remblais de destruction peuvent être observés à différents endroits. Dans d’autres secteurs, les remblais d’arasement sont nivelés, de manière à accueillir d’autres activités. Diverses structures et trous de poteaux attestent d’une occupation postérieure à ces remblais. En particulier, une série de locaux à l’ouest de l’atrium ont été aménagés pour un usage artisanal et/ou agricole. Leurs infrastructures témoignent également des modifications successives. Certains vestiges de la villa semblent enfin avoir été recyclés lors de cette occupation tardo-antique.
À ces structures et remblais particulièrement riches en matériaux et mobiliers succède une couche de terre foncée et compacte. Elle est interprétée comme équivalente aux terres noires attestées un peu partout en Europe durant la transition entre l’Antiquité et le Moyen Âge . Un dernier monument trapézoïdal, dont il ne subsiste plus qu’un sol en cailloutis et une assise de très grosses pierres, prend place par-dessus ces terres noires. Il s’agit du dernier témoignage d’une occupation bâtie de la terrasse artificielle. 

Description des phases

Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler les difficultés liées à l’étude stratigraphique de la fouille. Durant les premières années, les fouilleurs étaient convaincus de mettre au jour une villa construite d’un bloc, avec une phase d’abandon sans nouvelle occupation, selon les mêmes modalités que pour les bâtiments républicains du reste de la ville. Aucun bâtiment antérieur ni postérieur n’était envisagé. La méthode de fouille était donc inadéquate et beaucoup d’informations ont été perdues dans la zone de l’atrium et autour des espaces fouillés les premières années. La disparition de Roger Lambrechts a également nuit à la documentation du début de la fouille.
En outre, l’emplacement des vestiges a eu une influence sur l’accumulation stratigraphique. En effet, les différentes couches ont subi une érosion et un brassage du mobilier des couches inférieures vers les couches supérieures. Les vestiges les plus proches du bord de la terrasse artificielle ont été particulièrement touchés, avec des remblais parfois entièrement décapés par l’érosion. L’équivalence stratigraphique est donc, pour certains niveaux, très difficile à certifier. Enfin, ce brassage du mobilier induit des différences dans la composition des assemblages et nécessite donc d’adapter l’étude aux problèmes taphonomiques.

Les horizons-sites

  1. AR-H1 : Horizon-site 1
  2. AR-H2a1 : Horizon-site 2a1
  3. AR-H2a2 : Horizon-site 2a2
  4. AR-H2b1 : Horizon-site 2b1
  5. AR-H2b2 : Horizon-site 2b2
  6. AR-H2c : Horizon-site 2c
  7. AR-H3a : Horizon-site 3a
  8. AR-H3b : Horizon-site 3b
  9. AR-H4a : Horizon-site 4a
  10. AR-H4b : Horizon-site 4b
  11. AR-H4c1 : Horizon-site 4c1
  12. AR-H4c2 : Horizon-site 4c2
  13. AR-H4c3 : Horizon-site 4c3
  14. AR-H4c4 : Horizon-site 4c4
  15. AR-H5 : Horizon-site 5
  16. AR-H6a : Horizon-site 6a
  17. AR-H6b : Horizon-site 6b
  18. AR-H6c-10 : Horizon-site 6c-10
  19. AR-H6c-12 : Horizon-site 6c-12
  20. AR-H6c1 : Horizon-site 6c1
  21. AR-H6c2 : Horizon-site 6c2
  22. AR-H6c3 : Horizon-site 6c3
  23. AR-Non ét. : Mobilier non étudié
  24. AR-SH : Sans horizon-site

Bibliographie

Fichiers associés

Pour citer cette page : Simon Dienst, 26 décembre 2024 (mis à jour le 24 janvier 2026), CeVICA - Opération archéologique AR : Artena, Piano della Civita (consulté le 11 février 2026), <https://cevica.uliege.be/site/1/AR>.

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